Jean-Paul Roure est un éleveur laitier et céréalier de renom dans le secteur de Boen-sur-Lignon, fort de ses 28 années d’expérience. Nous avons discuté avec lui pour découvrir l’élevage bovin et les cultures vivrières dans le Forez rural. Camille Dubreuil, notre journaliste, l’a rencontré pour explorer son quotidien, ses défis et ses réussites dans cette région emblématique.
Camille Dubreuil : Jean-Paul, pourriez-vous nous expliquer comment se structure votre exploitation ici à Boen-sur-Lignon ?
Jean-Paul Roure : Mon exploitation est assez typique du Forez. On a environ 80 hectares, où l’on pratique l’élevage bovin laitier et un peu de céréales. Les prairies permanentes, c’est notre force ici. Nos vaches passent la majeure partie de l’année au pâturage, ce qui donne un lait de qualité pour la filière fromagère locale. C’est le métier qui veut ça, on fait avec le terrain qu’on a. La production laitière varie selon les années et les conditions climatiques, mais elle reste globalement stable d’une saison à l’autre grâce à la gestion du pâturage. Le reste des terres est dédié aux céréales, surtout l’orge et le seigle, qui servent de complément alimentaire pour le bétail. Ces choix permettent non seulement d’assurer une alimentation de qualité pour nos animaux, mais aussi d’optimiser les ressources disponibles sur place, minimisant ainsi l’impact environnemental lié au transport des aliments. En outre, l’adaptation aux conditions climatiques locales est cruciale, d’où l’importance de diversifier les cultures pour faire face aux aléas climatiques, comme les étés de plus en plus arides que nous connaissons ces dernières années. Ce modèle d’exploitation, basé sur l’autosuffisance et l’adaptation, est également influencé par l’histoire du territoire de Boen-sur-Lignon et Montbrison, qui a toujours valorisé l’agriculture locale et durable.
Quelques repères simples sur l’exploitation de Jean-Paul Roure :
- Environ 80 hectares, dont une large part de prairies permanentes
- Élevage bovin laitier destiné en partie à la filière fromagère locale
- Cultures céréalières complémentaires (orge, seigle) pour l’alimentation du bétail
- 28 années d’expérience sur le secteur de Boen-sur-Lignon
Camille Dubreuil : Comment décririez-vous le quotidien d’un éleveur laitier dans le Forez, en dehors des chiffres ?
Jean-Paul Roure : C’est un métier de rythme. On se lève tôt, on trait, on surveille les prairies, on s’occupe des veaux. L’hiver, c’est plutôt les bâtiments et l’entretien du matériel ; l’été, c’est la fenaison et la surveillance du pâturage. Ce qui frappe les gens de l’extérieur, c’est la répétition, mais chaque saison a ses tâches propres. Faut pas se raconter d’histoires, c’est un métier exigeant, sept jours sur sept, avec peu de vraies coupures. Mais c’est aussi un métier qui laisse le temps de connaître son terrain, ses bêtes, et de voir évoluer le paysage au fil des saisons. Beaucoup de mes voisins vivent ce même rythme, chacun avec sa spécialité, laitier, allaitant ou mixte, selon la configuration de ses terres et de ses prairies.
Camille Dubreuil : Vous parlez de la filière fromagère. Quel est votre lien avec elle ?
Jean-Paul Roure : Notre lait est principalement destiné à la production de Fourme de Montbrison, un fromage AOP très apprécié. On travaille en étroite collaboration avec les fromageries locales pour assurer des produits de qualité. C’est une tradition qui remonte à des siècles dans le Forez. Le terroir, les paysages de coteaux et de prairies du Forez influencent grandement le goût du fromage. Ce lien avec la filière fromagère est primordial pour nous car il valorise notre production tout en soutenant l’économie locale. La Fourme de Montbrison est reconnue pour ses caractéristiques uniques, un goût légèrement salé et une pâte persillée, qui sont directement influencés par l’herbe des prairies locales, riches en diversité florale. Lors des étés secs, nous parvenons à maintenir une production stable grâce à des pratiques d’irrigation raisonnée et un suivi rigoureux de la qualité du lait. Cette régularité dans la qualité est essentielle pour continuer à satisfaire les consommateurs et maintenir la réputation de ce produit emblématique. De plus, la participation à des événements locaux, comme les foires agricoles, nous permet de renforcer nos liens avec les consommateurs et de promouvoir les paysages de coteaux et de prairies du Forez, qui sont un atout majeur pour notre production.
Camille Dubreuil : L’agriculture vivrière a aussi une place importante dans votre activité. Comment cela se traduit-il au quotidien ?
Jean-Paul Roure : L’agriculture vivrière, c’est l’autosuffisance alimentaire. Je cultive non seulement pour nourrir mes bêtes mais aussi pour ma famille. On a un potager qui nous fournit en légumes de saison et quelques arbres fruitiers. C’est une manière de préserver une certaine indépendance alimentaire et de perpétuer les traditions. C’est un aspect très valorisant de notre métier, même si faut pas se raconter d’histoires, ça demande du temps. En plus de ça, on fait nos propres conserves et confitures, ce qui nous permet de profiter de nos récoltes toute l’année. Nous préparons aussi régulièrement des confitures de fraises et de rhubarbe, ce qui non seulement nous approvisionne en hiver, mais nous permet aussi de faire découvrir nos produits lors des marchés locaux. Cette pratique assure également une certaine résilience économique en cas de fluctuations des prix des denrées. En outre, l’agriculture vivrière contribue à la sauvegarde des pratiques ancestrales, un aspect essentiel pour comprendre la vie agricole traditionnelle dans les hameaux de Pralong, où l’autosuffisance était autrefois la norme. En outre, la mise en place de serres pour prolonger la saison de culture est une stratégie que nous envisageons pour améliorer encore notre autonomie.
À retenir : L’agriculture vivrière permet de maintenir une autonomie alimentaire tout en respectant les traditions locales. Elle renforce le lien avec le terroir.
Camille Dubreuil : Quel impact ont eu les transformations agricoles du XXe siècle sur votre exploitation ?

Jean-Paul Roure : Les transformations ont été nombreuses. On est passé d’une agriculture très manuelle à une mécanisation progressive. Ça a permis d’agrandir les exploitations et d’augmenter la productivité, mais ça a aussi modifié les paysages. Dans les hameaux de Pralong, par exemple, on a vu des changements significatifs. On a dû s’adapter aux nouvelles réglementations et aux attentes du marché, mais au fond, c’est toujours le même métier, avec ses hauts et ses bas. La mécanisation a facilité le travail quotidien, mais elle a également entraîné une perte de certaines pratiques traditionnelles. Par exemple, le labour à cheval, autrefois courant, a presque disparu. Cependant, nous essayons de préserver certains aspects de la vie agricole traditionnelle dans les hameaux de Pralong, en organisant des journées portes ouvertes et des ateliers pour faire découvrir ces anciennes méthodes aux plus jeunes. Notre fête annuelle de la moisson accueille chaque année des visiteurs du secteur, un événement qui permet de renforcer le lien entre les générations. En effet, ces transformations sont un reflet de les transformations de l’agriculture forezienne au XXe siècle, où l’évolution technique a redéfini le paysage agricole tout en posant de nouveaux défis. Nous travaillons également sur des projets de recherche pour intégrer des technologies modernes, comme la télédétection, afin d’améliorer la gestion de nos parcelles.
Camille Dubreuil : Quels sont les principaux défis que vous rencontrez aujourd’hui dans votre activité ?
Jean-Paul Roure : Le principal défi, c’est l’adaptation au changement climatique. Les étés sont de plus en plus secs, ce qui complique l’alimentation des troupeaux. Il faut aussi jongler avec les contraintes économiques, comme la fluctuation des prix du lait. Pour réussir, faut pas se raconter d’histoires, il faut être rigoureux et bien gérer son exploitation. On est aussi confronté à la nécessité de maintenir la biodiversité tout en produisant suffisamment. Par exemple, nous avons dû investir dans un système d’irrigation plus efficace pour compenser des précipitations estivales de plus en plus faibles. C’est un investissement lourd, mais nécessaire pour garantir la survie de nos cultures et la qualité de notre lait. La gestion des ressources en eau devient cruciale, et nous envisageons l’installation de panneaux solaires pour réduire notre dépendance énergétique. De plus, la mise en place de haies et de bandes enherbées contribue à la préservation de la biodiversité, tout en améliorant la résilience de nos sols face à l’érosion. Ces défis nécessitent une approche proactive pour anticiper les changements et s’y préparer efficacement. Nous collaborons également avec des chercheurs pour tester des variétés de cultures plus résistantes à la sécheresse, ce qui pourrait transformer notre manière de produire à l’avenir.
Erreur fréquente : Sous-estimer l’impact du changement climatique sur l’agriculture peut entraîner des pertes importantes.
Camille Dubreuil : Vous avez mentionné l’importance de la transmission. Comment envisagez-vous l’avenir de votre exploitation ?
Jean-Paul Roure : La transmission, c’est crucial. J’espère que l’un de mes enfants ou un jeune du coin reprendra l’exploitation. Je crois fermement qu’il faut partager nos connaissances et notre savoir-faire. On a aussi un rôle à jouer pour sensibiliser la nouvelle génération aux enjeux agricoles et alimentaires. C’est le métier qui veut ça. Préserver notre patrimoine et nos techniques est essentiel pour l’avenir du Forez. Nous avons récemment commencé à collaborer avec une école agricole locale pour proposer des stages et des ateliers pratiques. Nous avons accueilli plusieurs stagiaires qui ont pu découvrir les transformations de l’agriculture forezienne au XXe siècle et apprendre comment ces changements ont façonné notre métier aujourd’hui. En outre, ces partenariats éducatifs permettent de promouvoir les métiers agricoles auprès des jeunes, en soulignant l’importance de maintenir des pratiques durables et respectueuses de l’environnement. La coopération avec les écoles est un moyen efficace d’intégrer les jeunes dans la dynamique agricole actuelle et de préparer la relève pour l’avenir. Nous envisageons également de participer à des programmes d’échange avec d’autres régions pour enrichir nos pratiques et élargir nos perspectives.
Le lait et ses débouchés, en un coup d’œil
| Débouché | Part du travail concernée | Particularité |
|---|---|---|
| Filière fromagère (fourme de Montbrison AOP) | Majorité de la production laitière | Qualité liée au pâturage et à la flore des prairies |
| Autoconsommation familiale | Potager, conserves, confitures | Logique d’agriculture vivrière |
| Circuits courts et marchés locaux | Vente directe de produits transformés | Complément de revenu et lien avec les consommateurs |
Pour résumer simplement comment le métier a évolué depuis les fermes familiales polyvalentes d’autrefois :
| Période | Type d’exploitation | Débouché principal |
|---|---|---|
| Avant mécanisation | Petite ferme familiale polyvalente | Autoconsommation et marché local |
| Milieu XXe siècle | Agrandissement progressif, débuts de mécanisation | Vente locale et débuts de filière laitière organisée |
| Aujourd’hui | Exploitation spécialisée laitière et céréalière | Filière fromagère locale (dont la fourme AOP) et circuits courts |
Camille Dubreuil : Parlez-nous un peu du rôle des paysages dans votre activité.

Jean-Paul Roure : Les paysages ici sont magnifiques, et ils influencent directement notre travail. Les coteaux et les prairies du Forez nous offrent un cadre idéal pour l’élevage et la culture. Ils nécessitent une gestion particulière pour maintenir leur équilibre. C’est un atout mais aussi une responsabilité. On doit veiller à la préservation de cet environnement pour que les générations futures puissent en profiter. L’érosion des sols est un problème que nous surveillons de près, et nous avons mis en place des bandes enherbées pour limiter ce phénomène. Nos pratiques de rotation des cultures sont également adaptées pour renforcer la fertilité des sols. Les paysages de coteaux et de prairies du Forez ne sont pas seulement notre cadre de travail, mais aussi une source d’inspiration et de fierté pour nous. Ils sont le reflet du patrimoine agricole et naturel que nous nous efforçons de préserver pour les générations futures. La beauté de ces paysages attire également le tourisme, ce qui constitue un complément économique non négligeable pour notre région. Nous avons établi des partenariats avec des associations locales pour organiser des visites guidées, permettant ainsi aux visiteurs de découvrir la richesse de notre patrimoine naturel et agricole.
Checklist :
- Maintenir la qualité du pâturage
- Préserver la biodiversité
- Intégrer les nouvelles techniques agricoles durablement
Camille Dubreuil : Quelles sont les traditions agricoles que vous perpétuez encore aujourd’hui ?
Jean-Paul Roure : On suit toujours le rythme des saisons et des fêtes liturgiques, comme le faisaient nos ancêtres. Cela structure notre année et nos pratiques agricoles. Par exemple, les semailles, la récolte, tout est marqué par ce calendrier traditionnel. C’est une façon de rester connecté à notre histoire et de donner du sens à notre travail. Nous célébrons des événements comme la Saint-Martin avec des repas communautaires où chacun apporte ses produits. Les habitants de Boen-sur-Lignon apprécient particulièrement ces moments, qui renforcent les liens sociaux et permettent de transmettre la mémoire des travaux agricoles rythmes par le calendrier liturgique dans les campagnes françaises. Cette continuité entre travail de la terre et calendrier festif se retrouve dans d’autres territoires ruraux, comme une autre commune française à forte identité agricole, où les mêmes logiques de transmission sont à l’œuvre. Ces traditions permettent de maintenir un lien fort avec notre passé tout en s’adaptant aux défis modernes de l’agriculture. Elles représentent également une opportunité de sensibilisation pour les jeunes générations, en leur montrant l’importance de la continuité culturelle dans l’agriculture. Nous envisageons également de développer des ateliers pédagogiques pour partager nos traditions avec les écoles locales, renforçant ainsi l’éducation autour de notre patrimoine.
Camille Dubreuil : Pour terminer, 5 questions rapides — vrai/faux :
Camille Dubreuil : Les vaches laitières du Forez produisent du lait toute l’année ?
Jean-Paul Roure : Faux. Elles ont des périodes de tarissement pour se reposer.
Camille Dubreuil : L’agriculture vivrière est en déclin dans le Forez ?
Jean-Paul Roure : Faux. Elle se maintient grâce à des initiatives locales.

Camille Dubreuil : Les transformations agricoles du XXe siècle ont été majoritairement positives ?
Jean-Paul Roure : Vrai. Elles ont amélioré la productivité mais avec des défis à relever.
Camille Dubreuil : La transmission des exploitations est un processus simple ?
Jean-Paul Roure : Faux. C’est complexe et nécessite préparation et dialogue.
Camille Dubreuil : Le changement climatique n’a pas d’impact sur l’élevage bovin ?
Jean-Paul Roure : Faux. Il modifie les conditions de pâturage et d’alimentation.
Camille Dubreuil : Vos conseils finaux pour les jeunes agriculteurs qui souhaitent se lancer ?
- Formez-vous : La connaissance est un atout majeur. Participez à des formations et renseignez-vous sur les nouvelles pratiques.
- Soyez résilients : Le métier a ses hauts et ses bas. Il faut savoir persévérer et s’adapter.
- Restez connectés au terroir : Comprenez votre environnement, respectez-le et utilisez ses atouts à votre avantage.
Ce lien étroit entre l’élevage, les prairies et l’identité rurale se retrouve aussi dans la manière dont la commune de Pralong s’inscrit dans son territoire, entre plaine et coteaux du Forez, un ancrage géographique qui explique la vocation agricole du secteur.
Merci à Jean-Paul Roure pour cet éclairage sur l’élevage et l’agriculture vivrière dans le Forez rural, une autre facette du terroir forezien à découvrir aux côtés de la vigne et de l’apiculture.